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PoetósferaLa BibliotecaAlcide Dusolier

Alcide Dusolier · Modernismo

1876 — En Dordogne

francés

En Dordogne, au bas d’un coteau

Et sur le bord d’une rivière,

J’habite un semblant de château,

A peine une gentilhommière.

Rien n’est paisible et retiré

Comme cette chère demeure

Où mes aïeux ont expiré :

Mon destin veuille que j’y meure !

Il est vrai, le toit affaissé

A plus de cent tuiles brisées,

Les créneaux, roulés au fossé,

Ne couronnent plus les croisées,

Et l’on remarque tout d’abord,

Coupant la façade éventrée,

Une lézarde, dont le bord

Verse sur la porte d’entrée

Un flot charmant de ces buissons

Mêlés de fleurs, qui réjouissent

Les vieux murs des nobles maisons

Que les hirondelles choisissent.

Dedans, les meubles vermoulus

Sont piquetés comme écumoires,

Les serrures ne ferment plus,

Il faut étayer les armoires ;

Filant sous les portes, le vent

Fait trembler les tapisseries…

Et les souris montrent souvent

Leur nez aux trous des boiseries.

Aussi, les farauds de Paris

Diront le manoir peu sortable,

Et, le lorgnant avec mépris :

« Quel pauvre gîte en cette étable ? »

Qu’ils disent ! Leurs hôtels nouveaux,

Dont on a sculpté chaque pierre,

Qu’on lave, pour les faire beaux,

Quand vient la saison printanière,

N’ont pas l’air accueillant et frais

De nos castels, de nos églises,

Qui sentent des brins de forêts

Pousser dans leurs façades grises !

Si mon gîte est peu recherché,

J’ai bon cheval à l’écurie

Pour aller jouer au marché

Ou voir danser à la frairie,

Escorté de mes chiens d’arrêt, —

Qu’on cite à table, après la chasse,

Car, pour le nez et le jarret,

Nul chien au monde ne les passe !

Et qu’ils sont dignes, sérieux,

Quand je leur fais une harangue,

Me répondant avec leurs yeux

Mieux qu’un plaideur avec sa langue !

Qu’on me plaigne ! Dans mes fourrés

J’ai lièvres et lapins ; des bandes

De cailles chantent dans mes prés,

Les perdrix courent dans mes brandes ;

De ma terrasse, s’il fait beau,

Je vois sauter dans la rivière

Les perches roses, à fleur d’eau

Baîllant pour boire la lumière ;

Parfois des touffes de roseaux

Partent sarcelle et bécassine…

Et maintenant, les damoiseaux,

Prenez en pitié ma cuisine !

Je chasse, je pêche, je vais

Tout le jour parmi la verdure,

Ivre de bien-être et de paix,

Me livrant tout à la nature ;

Et las, mais content, à la nuit

J’arrose ma chasse et ma pêche

D’un vin de mes vignes, qui luit

A travers la carafe fraîche ;

Puis, après dîner, m’abîmant

Dans un haut fauteuil à ramages,

Fumant ma pipe lentement,

Comme doivent fumer les sages,

Je rêve… Enfin le hobereau

Monte en son lit à la duchesse,

Où sont peintes sur le rideau

Les amours de quelque déesse.

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Por su autor
Alcide Dusolier · 1 pieza más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

1876 — Phanor →

Expediente

Autor
Alcide Dusolier
Título
1876 — En Dordogne
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-1876-en-dordogne--alcide-dusolier-e8ed0f
Cita recomendada
Alcide Dusolier, «1876 — En Dordogne», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-1876-en-dordogne--alcide-dusolier-e8ed0f.html

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