Le cœur content, je suis monté sur la montagne
D'où l'on peut contempler la ville en son ampleur,
Hôpital, lupanars, purgatoire, enfer, bagne,
Où toute énormité fleurit comme une fleur.
Tu sais bien, ô Satan, patron de ma détresse,
Que je n'allais pas là pour répandre un vain pleur;
Mais comme un vieux paillard d'une vieille maîtresse
Je voulais m'enivrer de l'énorme catin
Dont le charme infernal me rajeunit sans cesse.
Que tu dormes encor dans les draps du matin,
Lourde obscure, enrhumée, ou que tu te pavanes
Dans les voiles du soir passementés d'or fin,
Je t'aime, ô capitale infâme! Courtisanes
Et bandits, tels souvent vous offrez des plaisirs
Que ne comprennent pas les vulgaires profanes.
VERS LAISSÉS CHEZ UN AMI ABSENT
[Sur l'enveloppe:]
Monsieur Auguste Malassis,
Rue de Mercélis,
Numéro trente-cinq bis,
Dans le faubourg d'Ixelles,
(Recommandé à l'Arioste
De la poste,
C'est-à-dire à quelque facteur
Versificateur.)
Mon cher, je suis venu chez vous
Pour entendre une langue humaine,
Comme un qui, parmi les Papous,
Chercherait son ancienne Athène.
Puisque chez les Topinambous
Dieu me fait faire quarantaine,
Aux sots je préfère les fous,
Dont je suis, chose, hélas! certaine.
Offrez à Mam'selle Fanny
(Qui ne répondra pas: nenny,
La salut n'étant pas d'un âne)
L'hommage d'un bon écrivain.
Ainsi qu'à l'ami Lécrivain
Et qu'à Mam'selle Jeanne.
SONNET POUR S'EXCUSER