I
mage
de la mort, effroi du tendre amour,
Sommeil, emporte au loin ce songe épouvantable !
La mort est dans l'adieu d'un ami véritable :
Ah ! ne m'avertis pas que l'on se quitte un jour !
Dans ton vol escorté de fantômes livides,
Passe comme un miroir devant ces cœurs arides,
Et sous leurs traits hideux va leur tendre les bras !
Que l'avare, étendu dans son étroite couche,
Qu'il crie, et que sa voix meure au fond de sa bouche,
Et qu'un bras invisible entr'ouvre son trésor !
Paralyse ses mains sur lui-même attachées,
Et qu'il tremble, inondé d'une froide sueur !
Va tromper des tyrans les pâles sentinelles,
Dissipe les grandeurs qu'ils croyaient éternelles,
Et de pavots sanglans épaissis leurs bandeaux !
Ordonne à ce cœur insensible
D'être au moins sensible à l'effroi !
Montre-lui la vengeance implacable, dans l'ombre,
Montre-lui le poignard au feu mourant et sombre
Des yeux qu'il fit pleurer : c'est le feu des enfers.
Que le beffroi s'ébranle, et tinte à son oreille
Que sa porte d'airain en tombant le réveille
Et qu'il ne puisse fuir par la peur égaré !
Laisse au temps à dissoudre un nœud si doux, si fort !
Malheureux, quand l'amour daigne enchanter nos larmes,
On ne veut plus croire à la mort !