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Marceline Desbordes-Valmore · Romanticismo

À ma sœur (« Qu’ai-je appris ! »)

francés

Qu'ai-je appris ! le sais-tu ? sa vie est menacée,

On tremble pour ses jours.

J'ai couru… je suis faible… et ma langue glacée

Peut à peine… Ma sœur, je l'aime donc toujours !

Quel aveu, quel effroi, quelle triste lumière !

Eh quoi ! ce n'est pas moi qui mourrai la première,

Moi qu'il abandonna, moi qu'il a pu trahir,

Moi qui fus malheureuse au point de le haïr,

Qui l'essayai du moins ! C'est moi qui vis encore !

Le voile se déchire en ces moments affreux :

Comment ne plus l'aimer quand il n'est plus heureux !

Viens, ma sœur… de ses torts tu m'as crue incapable,

Et moi, je ne sais plus qui des deux fut coupable :

Oubliez le passé, je prends son avenir :

Dans la tombe qui s'ouvre, ah ! laissez-moi l'attendre !

Viens ! j'expiai pour toi ton infidèle flamme. »

Il me reconnaîtra. Saisi d'un doux remords,

Il ne verra plus que mon âme,

Il me trouvera belle alors.

Dieu ! couvrez-le des fleurs qu'en silence il cultive !

Le monde est beau pour lui, l'amour l'attend… qu'il vive !

Qu'ils marchent tous ensemble, et qu'il les guide encore

Vers ces lauriers lointains que le bel âge adore !

Cette foule riante, à l'aspect d'un cercueil

Allez-vous la changer en cortège de deuil ?

N'acheveront-ils pas leur veille harmonieuse ?

En exilerez-vous sa voix mélodieuse ?

Ah ! laissez-les chanter ! et que sa rêverie

Qu'il vive de ma vie, et je meurs sans regrets !

Qu'il vive enfin… ( Cruel, juge si je t'aimais ! )

Qu'il vive pour une autre et m'oublie à jamais !

Dis, crois-tu que le ciel m'exauce et lui pardonne,

Ma sœur, ou que le ciel comme lui m'abandonne ?

Qu'il rejette ma vie en le privant du jour,

Et punisse la haine où se cachait l'amour ? …

Ta tristesse m'aide à souffrir :

Peux-tu me consoler, ma sœur, il va mourir !

Priez pour lui, moi je succombe.

La porte s'ouvre… elle retombe…

Ah ! … que ce bruit sourd m'a fait peur !

On dirait que la mort a passé sur mon cœur.

Voyez-vous ses amis ? leur silence est horrible !

Allons au-devant d'eux, parlez, demandez-leur…

Hélas ! si vous saviez, que son poids est terrible !

Que nous répondraient-ils ? … mais ils sont déjà loin.

Et près de sa demeure, et si triste, et si chère,

Personne, excepté vous, n'aurait guidé mes pas :

Quand j'expire à sa porte, on ne m'y connaît pas.

Pourquoi souffriraient-ils de ma lente agonie ?

Dans la foule perdus, oh ! ma chère Eugénie,

Nous croyons l'univers instruit de nos douleurs,

Et même aux cœurs heureux nous demandons des pleurs.

Laissez-moi seule, allez, retournez la première.

C'est là peut-être… et moi, que vais-je devenir ?

Oh ! que je voudrais voir !

Écoutez cette cloche, écoutez… Non, c'est l'heure,

Enfin, c'est la prière, et c'est encor l'espoir !

Priez pour lui, priez ! laissez… quittez l'envie

De rappeler le temps où j'ai cru le haïr :

Après, tu me diras qu'il faut encor le fuir.

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Autor
Marceline Desbordes-Valmore (1786–1859) · Wikidata Q466987
Título
À ma sœur (« Qu’ai-je appris ! »)
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Fuente
Poésies (Desbordes-Valmore, 1830) / fr.wikisource
Sala
La Biblioteca
Identificador
a-ma-s-ur-qu-ai-je-appris--valmore
Cita recomendada
Marceline Desbordes-Valmore, «À ma sœur (« Qu’ai-je appris ! »)», Poetósfera, poetosfera.com/p/a-ma-s-ur-qu-ai-je-appris--valmore.html

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