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Victor Hugo · Romanticismo

Les Deux Archers

francés

Un feu vengeur s’alluma au milieu des rebelles,

La flamme dévora les impies.

C’était l’instant funèbre où la nuit est si sombre,

Qu’on tremble à chaque pas de réveiller dans l’ombre

Un démon, ivre encor du banquet des sabbats ;

Le moment où, liant à peine sa prière,

Le voyageur se hâte à travers la clairière ;

C’était l’heure où l’on parle bas.

Deux francs archers passaient au fond de la vallée,

Là-bas ! où vous voyez une tour isolée,

Qui, lorsqu’en Palestine allaient mourir nos rois,

Fut bâtie en trois nuits, au dire de nos pères,

Par un ermite saint qui remuait les pierres

Avec le signe de la croix.

Tous deux, sans craindre l’heure, en ce lieu taciturne,

Allumèrent un feu pour leur repas nocturne ;

Puis ils vinrent s’asseoir, en déposant leur cor,

Sur un saint de granit, dont l’image grossière,

Les mains jointes, le front couché dans la poussière,

Avait l’air de prier encor.

Cependant sur la tour, les monts, les bois antiques,

L’ardent foyer jetait des clartés fantastiques ;

Les hiboux s’effrayaient au fond des vieux manoirs ;

Et les chauves-souris, que tout sabbat réclame,

Volaient, et par moments épouvantaient la flamme

De leur grande aile aux ongles noirs.

Le plus vieux des archers alors dit au plus jeune :

— Portes-tu le cilice ? — Observes-tu le jeûne ?

Reprit l’autre ; et leur rire accompagna leur voix.

D’autres rires de loin tout à coup s’entendirent.

Le val était désert, l’ombre épaisse ; ils se dirent :

— C’est l’écho qui rit dans les bois.

Soudain à leurs regards une lueur rampante

En bleuâtres sillons sur la hauteur serpente ;

Les deux blasphémateurs, hélas ! sans s’effrayer,

Jetèrent au brasier d’autres branches de chênes,

Disant : — C’est, au miroir des cascades prochaines,

Le reflet de notre foyer.

Or cet écho (d’effroi qu’ici chacun s’incline)

C’était Satan riant tout haut sur la colline !

Ce reflet, émané du corps de Lucifer,

C’était le pâle jour qu’il traîne en nos ténèbres,

Le rayon sulfureux qu’en des songes funèbres

Il nous apporte de l’enfer !

Aux profanes éclats de leur coupable joie,

Il était accouru comme un loup vers sa proie ;

Sur les archers dans l’ombre erraient ses yeux ardents.

« Riez et blasphémez dans vos heures oisives.

Moi, je ferai passer vos bouches convulsives

Du rire au grincement de dents ! »

*

De l’effrayant prodige effrayant exorciste,

De ses lèvres de pierre il dit : « Que Dieu m’assiste ! »

En ouvrant ses bras de granit !

Alors tout s’éteignit, flammes, rires, phosphore,

Tout ! et le lendemain, on trouva dès l’aurore

Les deux gens d’armes morts sur la statue assis ;

On les ensevelit ; et, suivant sa promesse,

Le seigneur du hameau, pour fonder une messe,

Légua trois deniers parisis.

*

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Autor
Victor Hugo (1802–1885) · Wikidata Q535
Título
Les Deux Archers
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Fuente
fr.wikisource Odes et Ballades/Les Deux Archers
Sala
La Biblioteca
Identificador
les-deux-archers--hugo
Cita recomendada
Victor Hugo, «Les Deux Archers», Poetósfera, poetosfera.com/p/les-deux-archers--hugo.html

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